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17.09.2007
Le Micro crédit : un moyen et non une fin
Nous assistons aujourd’hui à un emballement médiatique sur les effets possibles du micro crédit dans les pays du sud. Sont appelés ainsi tous les produits financiers de faible montant, les prêts, les fonds de garantie, les apport de fonds propres, voire le conseil en micro finance et l’audit….On ne sait plus de quoi on parle tout en laissant entendre qu’on éradique la pauvreté par le seul fait de prêter de l’argent. C’est attendre beaucoup de lui avec le risque prochain d’être déçu et de jeter rageusement le bébé avec l’eau du bain. Le micro crédit est un moyen pas une fin. En tant que moyen il permet l’accès aux services financiers pour ceux qui sont exclus du système bancaire pour des raisons d’absence de garantie, de coût élevé de traitement de leur dossier ou d’exclusion économique et sociale.
Dans les pays du sud, deux types d’emprunteurs très différents peuvent être concernés ce qui engendre une confusion totale que nous voudrions éclaircir :
- Les uns, parmi les plus pauvres, appelons les micro emprunteurs, empruntent pour la première fois 30 à 50 euros sur des cycles de 4 ou 5 mois. Le prêt remboursé autorisera un nouveau cycle permettant éventuellement au bout de 6 ou 7 fois d’atteindre 200 euros. Originalité, ces prêts sont obtenus le plus souvent sans épargne préalable, sans garantie et généralement accordés à des groupes qui se soutiennent mutuellement et se forment pour la circonstance.
- Les seconds, les petits entrepreneurs, empruntant de 300 à 1000 euros. Il s’agit de prêts individuels classiques avec épargne préalable, garantie personnelle, prêts accordés sur une durée d’un an ou deux. On comprend que les pauvres en sont exclus ne serait ce qu’au titre de l’épargne préalable habituellement demandée.
Ces deux types d’emprunteurs font partie de populations diamétralement différentes : Le micro emprunteur, potentiellement le plus nombreux, est quelqu’un d’extrêmement démuni qui survit de petites rentrées d’argent successives et aléatoires : vendre quelques tomates cultivées sur un lopin de terre, louer ses bras au moment d’une récolte, revendre du charbon de bois, aider un voisin lors d’une fête. Sa famille composée de 6, 7 personnes survit avec l’équivalent d’un euro par jour ce qui dans les cas extrêmes ne lui assure qu’un seul repas. L’épouse n’a qu’un ou deux euros d’avance et ne sait pas de quoi demain sera fait. Etre pauvre c’est certes n’avoir que de petites rentrées d’argent, mais c’est surtout vivre dans la précarité, percevoir irrégulièrement cet argent, et dépendre des usuriers. Les 30 ou 50 euros du premier micro crédit vont constituer une sorte de fonds de roulement, une réserve qui va lisser les entrées futures et ainsi rassurer sur l’avenir, puisqu’on a devant soi de quoi acheter 100 kilos de riz. Prendre le risque d’un petit « investissement » est alors possible. Entendons nous : il s’agit au début d’acheter des poussins ou des canetons pour créer rapidement un revenu complémentaire, d’élargir son petit étal, d’acheter une grille pour fumer du poisson, de disposer d’une machine à coudre d’occasion ou d’acheter moins cher le manioc qu’on va transformer. Beaucoup, au fur et à mesure de remboursements réussis, quitteront ainsi une économie de survie et passeront d’un emploi aléatoire à une activité plus régulière. Quelques uns deviendront mêmes petits entrepreneurs, quittant l’économie informelle pour prendre pignon sur rue. Effet secondaire et non des moindres, ce micro crédit touche essentiellement des femmes et à ce titre contribue à un changement social en provoquant une émancipation de celles-ci dans des sociétés où souvent elles n’ont pas leur mot à dire.
Ne confondons pas l’emprunteur d’un micro crédit de 30 euros et le petit entrepreneur empruntant 800 euros.
A l’inverse le petit entrepreneur qu’il soit artisan, commerçant, agriculteur, dispose déjà d’un revenu assez régulier. Sa famille mange deux fois par jour. Quand il emprunte de 300 à 1000 euros, ce qu’on appelle aussi, malheureusement, un micro crédit, son objectif est économique. Il veut développer son outil de travail et va acheter un poste à souder s’il est mécanicien, une moto pour faire le taxi, un motoculteur pour développer son maraichage, des zébus pour cultiver une plus grande rizière, une pirogue et son moteur pour pêcher au large. Si tout va bien il pourra embaucher un apprenti qui le secondera. Certains passeront du stade de l’artisanat au stade de la petite entreprise employant quelques salariés. Ils pourront alors devenir client d’une banque privée et obtiendront un crédit classique.
Soyons donc réaliste : face à une pauvreté endémique le micro crédit ne pourra pas tout faire. Il ne peut pas insuffler le développement en finançant de grands travaux qui amélioreront les échanges ni se substituer à l’éducation ou à la mise en place d’une politique de santé, ni compenser les effets pervers des risques climatiques. Il ne peut pas optimiser l’exploitation des richesses du pays, défendre auprès de l’OMC les intérêts locaux des producteurs de coton, de riz, de sucre ou de volailles, veiller au respect de la propriété privée, s’opposer à la corruption, créer de grands flux à l’exportation, générer un climat de confiance en l’avenir. Bien sûr, l’idéal pour beaucoup serait de disposer d’un emploi salarié…mais n’est ce pas illusoire dans de nombreux pays ? En attendant, il aide des gens à manger, ici et maintenant. Certes, il faut veiller à ce qu’une offre démesurée de crédit n’engendre pas un dramatique surendettement. Certes, il ne faut pas penser comme les néo libéraux que le micro crédit va permettre de mettre fin à tout programme d’aide sociale gouvernementale. Mais ne faut-il pas préférer cette forme d’aide à l’assistanat à vie, à certains programmes de développement qui supposent une maintenance dont les pays n’ont pas toujours les moyens ?
Allons plus loin. Pour le petit entrepreneur pouvoir disposer d’un micro crédit de 800 euros c’est disposer d’un moyen de financement. Il s’adressera à un institut de micro finance de forme mutuelle, coopérative ou solidaire avant que les banques privées ne s’intéressent à leur tour à ce marché devenu mature à leurs yeux. Certaines de ces institutions auront des millions de clients comme Bancosol en Bolivie, Bri en Indonésie, Acleda au Cambodge et la non moins médiatique Grameen Bank au Bangladesh. Si leur gestion est professionnelle il n’y a aucune raison que les intérêts ne couvrent pas aujourd’hui ou demain les frais administratifs et l’activité de prêts peut être équilibrée ou rentable. Vous serez surpris d’apprendre que 70 % des 300 millions de micro crédits accordés concernent cette catégorie d’emprunteurs qui, eux, sont sortis de la précarité, même s’ils ne roulent pas sur l’or. Peut être embaucheront-ils quelques salariés et tout au moins ils seront clients de l’activité informelle, contribuant à faire effet boule de neige.
Il est urgent d’apporter notre aide financière aux ONG qui prêtent et accompagnent les micro emprunteurs défavorisés.Il faut donc s’intéresser à la première catégorie que nous avons appelée micro emprunteurs de prêt de 30 à 200 euros, plus dans la survie que dans la vie. Ils ne représentent que 20 à 30% des prêts précédents. Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’Ong ou d’Institut de Micro Finance s’intéressant à eux en proposant prêts, service éventuel de préservation de la petite épargne, assurance vie, assurance santé ? Pour plusieurs raisons : un simple prêt ne suffit pas à la réussite, il faut former l’emprunteur, l’accompagner, faire le point toutes les semaines… Puisque ce sont surtout elles qui empruntent, il faut former les femmes à d’autres métiers que ceux, classiques, du commerce et de la petite restauration. Nous ne sommes plus dans une pure activité économique de distribution de crédit mais dans une activité d’accompagnement du développement personnel. Il est nécessaire de conjuguer deux métiers, celui de banquier mais aussi celui de formateur. C’est plus compliqué que de simplement prêter et on ne peut se contenter d’une politique de marketing pure et dure qui ferait ouvrir des agences de micro crédit les unes derrière les autres. Il en découle, que ces Ong, si elles se consacrent à cette population, sont doublement et durablement déficitaires puisqu’elles supportent les frais administratifs de prêts de très faible montant et mettent à disposition un service onéreux d’assistance. Elles sont donc dépendantes des pays du nord, non seulement pour disposer de fonds en capital nécessaire pour générer leurs prêts, mais surtout de subventions de fonctionnement pour équilibrer leur budget. Il n’est jamais agréable ni flatteur pour un gestionnaire d’Ong de ne pas savoir de quoi demain sera fait et d’être dans la dépendance de fonds provenant d’institutions, de fondations ou de donateurs privés. Il faut à ces missionnaires des temps modernes une bonne dose d’altruisme et d’abnégation. Voilà pourquoi nombre d’entre eux se font débaucher pour travailler dans le monde purement économique. Voilà pourquoi de nombreuses Ong quittent le milieu des micros emprunteurs pour se développer dans celui, bien plus facile, des petits entrepreneurs. Voilà pourquoi surtout l’aide internationale devrait être concentrée sur ce type de micro crédit
Quant à nous, membres du Don Boule de Neige, conscients d’être privilégiés nous nous sommes regroupés dans une association qui refusant l’assistanat, apporte fonds et soutien à ces ONG, en capital mais aussi en fonctionnement. C’est indispensable pour leur permettre de rester sur l’attribution de prêts aux plus pauvres, d’assurer leur accompagnement et en cela de faire du micro crédit un véritable levier au service des plus démunis.
Jean Paul Jacquart
Le Don Boule de Neige
11:50 Publié dans Echange sur les bonnes pratiques en matière de mic | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

